dimanche 22 février 2026


Ce texte a été corrigé en fonction des remarques de Liliane. Il reste au passé. Le prologue et les chapitres I, II, III seront harmonisés en fonction de ce choix. J'ai souhaité garder le passage du coup de fil entre Scarlett et sa soeur. 

Chapitre IV

Blanc-Parfum lié à une dispute.

Les jours suivants, l’open space retrouva un calme presque suspect. Officiellement, tout le monde avait oublié la lettre anonyme. Officieusement, les regards en coin circulaient : Robert soupçonnait Marilou, Marilou soupçonnait tout le monde, et les autres soupçonnaient surtout Robert. Chacun attendait le prochain coup, espérant toutefois que le plaisantin anonyme ne s’en prendrait pas à lui. 

Scarlett, elle, flottait au-dessus de la mêlée, vêtue d' un pull blanc qu’on ne lui avait jamais vu. Elle était encore plus transparente que d’habitude, ce qui l’arrangeait : elle peaufinait ses plans. Son humeur qui, depuis des années oscillait entre gris clair et gris foncé, s’était maintenant muée en une jubilation inattendue. Seul lui manquait à présent le rebut parfait, celui qui ferait mouche. Et surtout, ne rien dire à personne — en tout cas pas à sa sœur, dont la discrétion laissait à désirer.

Ce jour–là, à 8H45, le téléphone sonna dans son minuscule bureau. Étrange : personne ne l’appelait jamais. La secrétaire lui passa la communication.

— Madame Isabelle Delhaye vous demande.

Sa sœur. Coïncidence ?

- Bonjour Scarlett, comment vas-tu ?

Scarlett n’eut pas le temps de répondre qu’elle enchaînait déjà :

— Figure-toi que samedi, j’étais chez la coiffeuse…

Quel scoop ! Elle y allait chaque semaine.

— …j’ai entendu une cliente parler d’un courrier anonyme dans ton service. Un certain Roger, ou Robert... enfin bref. Tu es au courant, j’imagine ?

Scarlett hésita entre mentir et simuler une coupure du réseau.

— Les choses sont rentrées dans l’ordre, dit-elle vaguement.

— Ah bon ? Tu n’en sais pas plus ?

— Non.

— Dans ce cas, je te laisse.

Quelques secondes plus tard, un clic discret se fit entendre. La secrétaire avait écouté leur conversation.

Scarlett soupira et reprit le tri du courrier. Soudain, un parfum inattendu lui coupa la respiration. Sa main saisit une enveloppe blanche, absolument vierge, sans timbre ni adresse. Mais parfumée. Très. Une odeur immédiatement reconnaissable : c’était celle d’Ernest Leduc, son voisin de palier. Rien qu’à flairer l’enveloppe, Scarlett sentit ses nerfs se tendre comme des cordes de violon.

Elle hésita à jeter l’enveloppe, mais finalement la glissa dans sa poche. Bonne ou mauvaise idée ? Elle ne le savait pas encore.

En sortant de son bureau, elle croisa Robert, gonflé d’assurance comme toujours, dans une chemise fleurie qui agressait la rétine. Et pour compléter le tableau, il empestait le parfum. Scarlett se figea. Voilà qu’il s’y mettait, lui aussi ! L’odeur la frappa comme une gifle et la replongea dans sa dispute avec Leduc : deux semaines plus tôt, il avait séquestré ses chats dans la cave ! Les pauvres chéris, sans boire ni manger pendant deux jours !

— Vous n’avez qu’à les surveiller, vos bestioles ! Ce n’est quand même pas de ma faute s’ils se sont laissé enfermer !

Il l’avait traitée de vieille fille et lui avait claqué la porte au nez. Scarlett avait cru étouffer.

Elle voulut vérifier l’enveloppe dans sa poche : elle avait disparu !

De son côté, Robert, ignorant tout du drame intérieur de Scarlett, s’était mis à trier son courrier. Et c’est au bout de quelques instants qu’elle le vit s'emparer…de l’enveloppe parfumée. Scarlett sentit son cœur s’arrêter. Avait-elle laissé tomber l’enveloppe et Robert l’avait-il ramassée ? Ou alors elle l’avait glissée elle–même, sans y penser, dans la pile du courrier.

Robert, persuadé qu’il s’agissait d’un nouveau message d’admiratrice, s’agita, bafouilla, puis lança à la stagiaire :

— Marilou, c’est quoi cette enveloppe parfumée ! Il faudrait savoir ! C’est oui ou c’est non ?

Une secrétaire intervint, convaincue que le parfum était celui de Marilou.

— Mais pas du tout ! s’exclama celle–ci, blême de colère. Je ne mets jamais de parfum au bureau. Et qui sait si ce n’est pas celui de Monsieur Robert lui–même !

Un collègue renifla bruyamment. Puis un autre. Bientôt, tout l’open space humait l’air comme une meute de chiens truffiers.

Le ton monta. On parla de harcèlement, de respect, de limites. Robert tenta de se défendre, Marilou fulminait et la secrétaire opinait en pinçant les lèvres.

Scarlett, elle, observait. Silencieuse, immobile. Invisible.

Quand l’ambiance devint trop électrique, elle regagna son bureau et ouvrit son tiroir. Le yo-yo était là. Elle le fit descendre et remonter une fois, une seule. Ce qu’on lance revient toujours. Ce n’était pas une menace. Juste une vérité.

Elle rangea le yo-yo et se remit au travail, comme si de rien n’était.







vendredi 6 février 2026

 

Chapitre III

Rouge-Un jouet lié à un souvenir.

Mardi soir

Dix-huit heures. Robert, prêt à quitter son bureau, aperçoit un billet posé sur son sous‑main. Il le lit, rougit — de vanité plus que de pudeur — et se redresse, tel un coq de basse‑cour. Il bombe le torse, recoiffe les trois cheveux qui survivent sur son crâne et glisse le billet dans sa poche avec un air entendu.

Enfin ! Elle craque. Il adore les femmes entreprenantes.

Comment s’appelle-t-elle déjà, la stagiaire ? Marilou… Peu importe. Il se met à chantonner, faux mais fort : « Un message pour celle qui me répondra OK pour un rendez-vous… 1» Son ego enfle comme un soufflé. Sans plus attendre, il décide d’aller « clarifier » la situation avec la jeune fille.

Il suffisait d’interpréter ses regards, mon vieux. Et maintenant : battre le fer tant qu’il est chaud.

Un peu nerveux malgré tout, il frappe à la porte de son propre bureau, entre sans attendre et déclare d’un ton théâtral :

Je crois que vous et moi… avons rendez-vous jeudi.

La stagiaire le fixe, interloquée.

Pardon ?

Robert, sûr de son effet, sort le billet de sa poche. Marilou le lit, fronce les sourcils.

Vous pensez vraiment que c’est moi qui ai écrit ça ?

Eh bien… je… c’est anonyme… mais…

Mais ce n’est certainement pas moi.

Elle prétexte un dossier urgent et s’éclipse. Robert reste planté là, piqué au vif. Aurait-il mal interprété la lettre ? Son orgueil refuse d’envisager cette possibilité.

Elle se fait désirer. Classique.

Mercredi matin

Aaaatchoum ! Aaaatchoum !

Scarlett tâtonne dans le noir , se refusant à allumer : réveiller les chats signerait la fin de tout espoir de se rendormir. Sa main glisse dans le tiroir de la table de nuit et, juste à côté de la pile de mouchoirs parfaitement repassés, elle touche un objet rond. Intriguée, elle allume, faisant fi de ses résolutions initiales.

Le yo-yo en bois de santal... Celui que son père lui avait offert pour récompenser un bulletin exceptionnel — événement rare, elle doit bien l’admettre. Sur le moment, elle avait été déçue : un simple yo-yo après un effort pareil ! Alors qu’elle rêvait d’un vélo. La vie est parfois cruelle.

Elle passe l’ index dans la cordelette et, sous le regard fasciné des deux chats, fait monter et descendre la boule de bois. Ce qu’on lance revient toujours, murmure une petite voix intérieure, probablement la même qui lui dit toujours de ne pas terminer la tablette de chocolat.

Sa vengeance serait-elle un aller-retour inutile ? Scarlett hésite. Puis, d’un geste sec, elle chasse ses scrupules. Elle a du repassage en retard : Et avec tout ce qui lui tourne dans la tête, elle ne pourra pas se rendormir.

Mercredi matin — Centre de tri, 9 h 12

Sur fond d’odeur de café tiède, le cliquetis des claviers, le ronronnement des imprimantes et la sonnerie des téléphones composent la bande‑son du bureau. Comme tous les jours. Mais quand Robert franchit la porte de l’open space, il sent immédiatement que quelque chose a changé : l’air semble chargé d’électricité. Il rase les murs, trébuche sur un câble, manque de s’étaler. Les collègues qu’il croise détournent les yeux en toussotant.

Deux assistants chuchotent sur son passage :

Je te jure, il a cru que c’était pour lui.

Robert fulmine. « Cette petite peste a tout raconté. »

Il s’assied à son bureau l’air hagard. La stagiaire, arrivée plus tôt que d’habitude, garde les yeux rivés sur son écran. Scarlett, elle passe en reconnaissance. Elle affiche un visage parfaitement neutre.

Robert l’interpelle.

Scarlett…

Désolée, Robert, dossier urgent, dit-elle en tapotant la farde qu’elle a sous le bras.

Dossier urgent ? N’importe quoi. Elle trie des lettres dont plus personne ne veut !

En réalité, Scarlett sent encore sur son doigt la légère tension de la cordelette du yo-yo. Un va-et-vient. Comme les choses qu’on lance et qui finissent par revenir.

Intérieurement, elle danse les claquettes. Elle n’a rien à faire : le malaise circule tout seul. La stagiaire évite Robert, Robert évite son reflet, les collègues chuchotent. Pas de scandale.

Et en elle, quelque chose se détend. Sa petite pendule intérieure avance d’un cran.



1Good bye Marylou. M. Polnareff

  CHAPITRE V Gris-une photo liée à un succès. Le texte est au passé. C’est voulu. Je vais uniformiser les textes précédents. Le printemps...