Ce texte a été corrigé en fonction des remarques de Liliane. Il reste au passé. Le prologue et les chapitres I, II, III seront harmonisés en fonction de ce choix. J'ai souhaité garder le passage du coup de fil entre Scarlett et sa soeur.
Chapitre IV
Blanc-Parfum lié à une dispute.
Les jours suivants, l’open space retrouva un calme presque suspect. Officiellement, tout le monde avait oublié la lettre anonyme. Officieusement, les regards en coin circulaient : Robert soupçonnait Marilou, Marilou soupçonnait tout le monde, et les autres soupçonnaient surtout Robert. Chacun attendait le prochain coup, espérant toutefois que le plaisantin anonyme ne s’en prendrait pas à lui.
Scarlett, elle, flottait au-dessus de la mêlée, vêtue d' un pull blanc qu’on ne lui avait jamais vu. Elle était encore plus transparente que d’habitude, ce qui l’arrangeait : elle peaufinait ses plans. Son humeur qui, depuis des années oscillait entre gris clair et gris foncé, s’était maintenant muée en une jubilation inattendue. Seul lui manquait à présent le rebut parfait, celui qui ferait mouche. Et surtout, ne rien dire à personne — en tout cas pas à sa sœur, dont la discrétion laissait à désirer.
Ce jour–là, à 8H45, le téléphone sonna dans son minuscule bureau. Étrange : personne ne l’appelait jamais. La secrétaire lui passa la communication.
— Madame Isabelle Delhaye vous demande.
Sa sœur. Coïncidence ?
- Bonjour Scarlett, comment vas-tu ?
Scarlett n’eut pas le temps de répondre qu’elle enchaînait déjà :
— Figure-toi que samedi, j’étais chez la coiffeuse…
Quel scoop ! Elle y allait chaque semaine.
— …j’ai entendu une cliente parler d’un courrier anonyme dans ton service. Un certain Roger, ou Robert... enfin bref. Tu es au courant, j’imagine ?
Scarlett hésita entre mentir et simuler une coupure du réseau.
— Les choses sont rentrées dans l’ordre, dit-elle vaguement.
— Ah bon ? Tu n’en sais pas plus ?
— Non.
— Dans ce cas, je te laisse.
Quelques secondes plus tard, un clic discret se fit entendre. La secrétaire avait écouté leur conversation.
Scarlett soupira et reprit le tri du courrier. Soudain, un parfum inattendu lui coupa la respiration. Sa main saisit une enveloppe blanche, absolument vierge, sans timbre ni adresse. Mais parfumée. Très. Une odeur immédiatement reconnaissable : c’était celle d’Ernest Leduc, son voisin de palier. Rien qu’à flairer l’enveloppe, Scarlett sentit ses nerfs se tendre comme des cordes de violon.
Elle hésita à jeter l’enveloppe, mais finalement la glissa dans sa poche. Bonne ou mauvaise idée ? Elle ne le savait pas encore.
En sortant de son bureau, elle croisa Robert, gonflé d’assurance comme toujours, dans une chemise fleurie qui agressait la rétine. Et pour compléter le tableau, il empestait le parfum. Scarlett se figea. Voilà qu’il s’y mettait, lui aussi ! L’odeur la frappa comme une gifle et la replongea dans sa dispute avec Leduc : deux semaines plus tôt, il avait séquestré ses chats dans la cave ! Les pauvres chéris, sans boire ni manger pendant deux jours !
— Vous n’avez qu’à les surveiller, vos bestioles ! Ce n’est quand même pas de ma faute s’ils se sont laissé enfermer !
Il l’avait traitée de vieille fille et lui avait claqué la porte au nez. Scarlett avait cru étouffer.
Elle voulut vérifier l’enveloppe dans sa poche : elle avait disparu !
De son côté, Robert, ignorant tout du drame intérieur de Scarlett, s’était mis à trier son courrier. Et c’est au bout de quelques instants qu’elle le vit s'emparer…de l’enveloppe parfumée. Scarlett sentit son cœur s’arrêter. Avait-elle laissé tomber l’enveloppe et Robert l’avait-il ramassée ? Ou alors elle l’avait glissée elle–même, sans y penser, dans la pile du courrier.
Robert, persuadé qu’il s’agissait d’un nouveau message d’admiratrice, s’agita, bafouilla, puis lança à la stagiaire :
— Marilou, c’est quoi cette enveloppe parfumée ! Il faudrait savoir ! C’est oui ou c’est non ?
Une secrétaire intervint, convaincue que le parfum était celui de Marilou.
— Mais pas du tout ! s’exclama celle–ci, blême de colère. Je ne mets jamais de parfum au bureau. Et qui sait si ce n’est pas celui de Monsieur Robert lui–même !
Un collègue renifla bruyamment. Puis un autre. Bientôt, tout l’open space humait l’air comme une meute de chiens truffiers.
Le ton monta. On parla de harcèlement, de respect, de limites. Robert tenta de se défendre, Marilou fulminait et la secrétaire opinait en pinçant les lèvres.
Scarlett, elle, observait. Silencieuse, immobile. Invisible.
Quand l’ambiance devint trop électrique, elle regagna son bureau et ouvrit son tiroir. Le yo-yo était là. Elle le fit descendre et remonter une fois, une seule. Ce qu’on lance revient toujours. Ce n’était pas une menace. Juste une vérité.
Elle rangea le yo-yo et se remit au travail, comme si de rien n’était.
