vendredi 14 novembre 2025

 



Fiche d’identité du personnage :



Nom : Delhaye

Prénom : Scarlett

Age : 55 ans

Adresse : Quartier du Midi à Bruxelles

Situation familiale : Célibataire



PROLOGUE


À peine la clef glissée dans la serrure, des miaulements , pareils à des sirènes d’alerte, retentissent derrière la porte. Rhett et Ashley, sentinelles impatientes postées sur le paillasson, se faufilent entre les jambes de leur maîtresse dès que la porte d’entrée s’entrouve.

- Bon sang de bonsoir, attendez au moins que je pose mon sac ! 

Sans même retirer sa veste, Scarlett file vers la cuisine, faisant résonner ses pas dans tout l’appartement. Elle remplit les gamelles à ras bord, seule offrande capable d’acheter quelques minutes de répit. Les deux félins se jettent sur leurs croquettes avec la voracité de fauves, et le silence, enfin, s’installe. Elle peut alors se servir un grand verre d’eau du robinet qu’elle avale d’une traite, tant la chaleur qui régnait dans le métro bondé l'a assoiffée.  

Dans sa tête, la voix de sa sœur résonne aussitôt, claire et tranchante :

-Enfin Scarlett, pourquoi n'achètes-tu pas  de l’eau en bouteille ! C’est plus sain ! 

Qu’est-ce qu’elle en sait, Isabelle ? Elle est chimiste ? Facile à dire, quand on vit dans une maison à Watermael-Boisfort, avec un mari costaud pour porter les casiers. Scarlett, elle, n’a que ses bras et sa solitude. Une solitude ancienne, tenace, qui s’accroche à elle comme une ombre fidèle. Jamais son cœur n’a battu à l’unisson avec celui d’un homme. Est-ce mieux ainsi ? Elle se pose la question chaque fois que le cafard, sournois, lui tient compagnie.

La cuisine, comme le reste de l’appartement, étincelle. Trop propre. Trop lisse. Cela manque d’âme, pense -t-elle, comme une maison témoin où rien ne vit vraiment. Pourtant, cet ordre presque monacal la rassure plus qu’il ne l’oppresse : un cocon glacé, mais sûr. 

Dans le frigo, son souper l’attend : un reste de blanquette qu’elle réchauffera doucement. Mais avant cela, elle se lave les mains avec soin, frottant ses doigts vigoureusement comme pour effacer les traces invisibles du tram. Ce dernier lui laisse toujours une impression désagréable, avec une pellicule de  crasse et de fatigue. Mais elle n’a pas le choix : la ligne deux l’emmène directement au Centre de Tri Postal d’Anderlecht, où elle travaille depuis plus de trente ans. Elle porte toujours des gants pour éviter le contact poisseux des mains courantes, mais aujourd’hui, elle les a oubliés dans son casier. Pas son genre pourtant. Qu’est-ce qui a pu la distraire ? Le regard échangé entre Robert, le chef de service, et la petite stagiaire arrivée il y a à peine trois semaines ? Elle va les avoir à l’œil, ces deux-là.

Scarlett s’affale dans le canapé, ouvre son sac pour y faire le tri : son rituel préféré, une façon de décompresser après sa journée de travail.  Rhett et Ashley, en maîtres absolus, bondissent sur ses genoux et après quelques coups de patte s' installent sans demander son avis.

Elle se souvient encore de sa visite au refuge :  même pelage roux et deux paires d’yeux verts  braqués sur elle. Impossible de choisir. Alors elle les a pris tous les deux. Et pour les noms... l’évidence : un pied de nez au destin qui l’a affublée d’un prénom trop grand pour elle. Scarlett… Petite, boulotte, les jambes comme des poteaux et une carrure en toit de clocher. Rien à voir avec la flamboyante Scarlett O’Hara. Et toujours la même rengaine : un sourire poli, ou la réplique culte « Demain est un autre jour ». Tout ça à cause de son père, qui, après avoir bu un coup de trop, a lâché ce prénom à l’officier d’état civil. Trop tard pour revenir en arrière.

Au retour, à peine dégrisé, il s’était fait copieusement remonter les bretelles par sa femme. Mais voilà, le mal était fait. Cependant , quelques années plus tard,  à la naissance d' Isabelle, sa femme avait pris les devants :

- Je te préviens Edgar, si cette fois, tu changes le prénom que j’ai choisi,  ce n’est plus la peine de rentrer à la maison.

Scarlett sourit, presque malgré elle, en repensant à la scène, puis plonge la main dans son sac et en ressort une poignée d’enveloppes.

-Allez, dit-elle aux deux matous, voyons si la pêche du jour a été bonne…




























































  CHAPITRE I A la poste, tous s’accordaient à considérer Scarlett comme une employée modèle. Chaque jour de la semaine, arrivée à l’aube, ...